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Lettre d’Espagne #4

Publié: juin 24, 2015 dans Cartes Postales
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Après des semaines passées à s’enfermer dans des bibliothèques ou devant son bureau, tentant d’apprendre par cœur des centaines de pages de cours, j’avais vraiment besoin de prendre l’air et de me changer les idées. À peine débarrassé des examens, j’ai ainsi cherché à sortir des sentiers battus.

L’idée trottait déjà dans ma tête depuis Noël, quand j’ai reçu un livre, « L’atlas des cités perdues ». Les auteurs consacraient un passage à la ville de Seseña, se trouvant à une trentaine de kilomètres de Madrid. Je m’étais alors promis d’y faire un tour, avant de m’en aller.

Mais pas si vite. On a beau ne pas se rendre au bout du monde, il est quand même préférable de préparer cette sortie. En prévoyant l’itinéraire et en étudiant la destination, par exemple.
Voilà donc un petit résumé de l’histoire de ce lieu si intrigant, ne serait-ce que pour savoir où l’on mettra les pieds et saisir le sens de ce qui nous entourera une fois sur place.

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Au départ, il s’agit d’un rêve. Celui de Francisco Hernando, promoteur immobilier et incarnation locale du self made man. Il imagine une cité idéale, prévue pour les jeunes madrilènes fuyant la capitale et ses loyers exorbitants. Naturellement, elle répondrait aux plus hautes exigences en matière d’équipement, d’infrastructures et d’urbanisme. Surfant sur l’extraordinaire santé économique du pays (et plus particulièrement la spéculation portant sur la construction), cette personne entreprend la réalisation du chef d’œuvre de sa carrière. 13500 appartements, pouvant accueillir 40000 habitants. Une consécration, qui graverait à jamais son nom dans l’histoire.
A partir de 2003 une ville entière sort de terre à un rythme effréné. Le chantier pharaonique est marqué par d’innombrables arrangements illégaux, mais le scandale est soigneusement étouffé.

En 2007, le lieu est inauguré en grande pompe avec un festival et 5000 invités. Une manière comme une autre de faire oublier que moins de la moitié des logements annoncés ont été achevés, et que la plupart ne trouvent pas preneur. Un an plus tard, l’éclatement de la bulle immobilière plonge l’Espagne dans une crise sans précédent : Le « miracle économique espagnol » tourne au cauchemar, le chantier est paralysé du jour au lendemain. Un échec retentissant pour l’ambition démesurée de Francisco Hernando, qui s’envole chercher la gloire sous d’autres latitudes en laissant derrière lui une ville orpheline de son créateur tout puissant.

Dans les rares articles que j’ai pu lire à son sujet, Seseña est présentée comme une des plus grandes villes fantômes espagnoles. Curieux de découvrir ce qui se cachait vraiment derrière cette réputation, je me suis lancé à sa rencontre.

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Atteindre l’endroit en question n’est pas une mince affaire.
Il faut prendre un train jusqu’à la petite ville de Valdemoro, puis parcourir les 12km restants à pieds. La présence humaine s’efface au fur et à mesure que l’on avance: Les zones industrielles, hangars et entrepôts laissent place à un no man’s land. Entre deux branches de l’autoroute du sud, Seseña apparaît au loin comme un mirage flottant dans la chaleur de ces plaines arides. Ensuite, la tâche sombre trahissant la ville à l’horizon se rapproche, jusqu’à ce que l’on distingue clairement les centaines de barres d’immeubles, entourées d’un mur d’enceinte en grillage barbelé.
Perché sur un poteau d’acier rappelant les remontées mécaniques, un énorme panneau matérialise l’entrée. « Residencial Francisco Hernando », nous voilà arrivés à destination.

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Sous nos pas, une ville abandonnée se révèle lentement. Le silence qui plane sur les rues est saisissant. À part une voiture qui passe de temps en temps, les seuls bruits qui s’élèvent sont ceux des animaux installés dans les locaux vides du rez de chaussée. Il y a tellement de pigeons, d’araignées et de fourmis que l’on se sent indésirable, parasite là où tout a été pensé autour de l’être humain.
Une sensation de déjà vu s’empare du cerveau, et ne nous lâchera plus. Les façades sont toutes pareilles et les immeubles monotones. Les allées qui se ressemblent comme des gouttes d’eau n’aident pas non plus à s’orienter…
Chaque avenue porte le nom d’un grand peintre. Certainement pour masquer la tristesse de ce lieu qui n’a aucun passé.

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Puis soudain, on tombe devant un grand parc. De l’herbe en train d’être arrosée, des arbres, un bassin, des fontaines et un jardin d’enfants. On prend une pause, abrité par les maigres branches de sapins. Mais personne aux alentours, bizarrement…

En face du parc, de l’autre côté des barbelés et de l’autoroute, une décharge sauvage de pneus s’étend à perte de vue. Ce champ de caoutchouc paraît ruisselant de sueur tant l’air est pesant, et la chaleur écrasante.

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Au bout de quelques minutes, on repart en suivant une promenade aménagée entre deux rubans d’asphalte. Les bancs et les palmiers plantés amplifient ces faux airs balnéaires. Pourtant, ce n’est pas la mer que l’on entend mais un grésillement bourdonnant: Une ligne à haute tension coupe la ville en plein milieu. Les câbles sont tellement proches et bruyants que c’en devient inquiétant. À droite, à gauche, il n’y a plus que des grillages, renfermant les chantiers inachevés, par dizaines, et des terrains vagues où traînent toujours des blocs de béton hérissés de métal. Les dernières traces de bâtiments qui ne verront probablement jamais le jour. Des pancartes « à vendre », aussi, accrochées aux balcons et fenêtres à chaque étage des immeubles rescapés.
Un calme plat règne en maître dans ce désert urbain, le temps semble s’être figé.
En se retournant, on a le sentiment d’être prisonnier. Et toutes ces clôtures et barricades donnent l’impression qu’on a placé la ville en quarantaine. À l’écart de tout, isolée du reste du monde.

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Finalement, Seseña n’est pas une véritable ville fantôme. Au fil du temps, des gens y ont emménagé et vivent dans un cadre entretenu avec les moyens du bord, ceux de la mairie voisine qui n’était pas prête à assumer de telles responsabilités. Alors que l’on revient sur nos pas, on aperçoit enfin quelques personnes sur les trottoirs. Seulement, chacun reste dans son coin. L’entraide et le partage pourraient permettre beaucoup d’améliorations , mais l’immobilisme du lieu a gagné ses occupants.

La vie quotidienne reprend peu à peu ses droits, mais tout reste en suspens. Les chantiers arrêtés en cours de route laissent le quartier résidentiel bancal. La folie des grandeurs s’est évanouie, il n’y a plus qu’un vertige, un tournis. En cela, Seseña rappelle les rêves les plus profonds du film Inception. On se sent insignifiant au cœur d’une absurdité délirante.

Quand vient le moment de partir, on réfléchit à cette visite surprenante pendant que les étapes du trajet défilent en sens inverse. Les nuages reflètent les teintes du soleil couchant, et à la nuit tombée on rentre chez soi épuisé.

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Partager ces cartes postales pour avec vous m’a beaucoup plu, et tenir ce carnet de bord m’a permis de faire voyager des découvertes, des ambiances et des regards à travers des lignes et un clavier. J’espère que ces lectures auront un peu égayé vos journées, et que l’idée sera reprise par d’autres personnes qui sauront nous transporter ! En attendant de prendre l’avion, il ne me reste plus qu’à faire mes valises, et vous souhaiter de bonnes vacances 🙂
Ps: Vous devriez avoir l’habitude maintenant, voilà un peu de musique pour la route !


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Lettre d’Espagne #3

Publié: mars 30, 2015 dans Cartes Postales

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Comme promis, je reviens avec une autre lettre d’Espagne. Si (par malheur) vous avez loupé les précédentes, vous pouvez les lire ici et
Après les fêtes de fin d’année, retrouver soudainement le calme et le silence demande un peu d’adaptation. Mais entre les gouttes de pluie ou le ciel gris, on profite de chaque rayon de soleil pour s’aventurer dehors.
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Le fait d’habiter une ville n’aide pas tellement à la connaître. On croit en faire partie, on y prend peu à peu ses repères mais au fond, on n’a aucune idée des secrets qu’elle cache. Plus grave, on ne cherche même pas à les apprendre. Les places, les rues et les monuments sont devenus des étapes de nos trajets pendulaires comme des stations sur une ligne de métro.
Au fur et à mesure que l’on prend le train de cette vie, on n’ose de moins en moins se défaire de l’ordre et de l’habitude des allers retours quotidiens. Pourtant, c’est en suivant son regard étranger que l’on a le plus de chances d’apprivoiser Madrid
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Pour se défaire de l’ennui qui s’installe, il faut accepter de prendre le temps. S’évader des souterrains et des couloirs du métro pour marcher et s’égarer à la surface, par exemple. Puis laisser nos yeux curieux nous emmener toujours un peu plus loin. En pirates à l’abordage d’une île urbaine pleine de surprises et de merveilles, une fois que l’on oublie les troupeaux de gens pressés qui marchent sans même lever la tête.
Au fil des pas, de parc en jardin, on s’étonne d’être captivés par des petits détails, des ambiances, des lumières. On s’ouvre à la ville qui s’empare de nous au lieu de s’imposer à elle. Finalement c’est Madrid qui nous habite, et pas le contraire.

Les rives du fleuve Manzanares, les églises, les cathédrales, les ponts et le palais royal… Autant de croix que l’on marque sur notre carte au trésor, autant de fils dans cette toile d’araignée qui se tisse peu à peu. Loin de nous faire prisonniers, elle devient la scène dans l’ombre de nos nuits. Un réseau de passages qui nous aide à capturer chaque jour l’âme fuyante de cette grande fourmilière d’Espagne. En explorant de nouveaux endroits dès qu’on en a l’occasion, et en remplissant de souvenirs cette année étrangère qui touchera bientôt à sa fin.

Ces images gravées, on plonge dedans quand la chaleur et le ciel bleu de l’hiver laissent place aux nuages et à la pluie de printemps… Bizarre, mais c’est aussi ce qui fait le charme de cette capitale au cœur des montagnes.

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Les rives aménagées du Manzanares, petit fleuve (ou grande rivière) qui traverse Madrid

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Le Palais royal et son esplanade


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Le sud de Madrid se dévoile en contrebas du palais et de la cathédrale

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La « Ronda de Atocha », énorme rond point devant la gare d’Atocha

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Le Palacio de Cristal du Parque del Retiro, à la nuit tombante


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Comme les fois d’avant, voilà un peu de musique pour patienter jusqu’à la prochaine lettre d’Espagne…

Je vous souhaite de passer une belle semaine, en gardant les yeux ouverts sur le monde environnant, le printemps et la nature qui se réveillehttps://www.youtube.com/watch?v=6nK5C7AMkbg

Lettre d’Espagne #2

Publié: janvier 28, 2015 dans Cartes Postales

Me voilà de retour pour une nouvelle carte postale venue d’ailleurs.
Cet article fait suite à la première lettre, que vous pouvez lire ici: https://danslafourmiliere.wordpress.com/2014/12/02/lettre-despagne/.
Aujourd’hui, j’aimerais vous donner un petit aperçu de la ville de Barcelone, et de l’ambiance qui y flottait en cette fin d’année.
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Le trajet depuis Madrid est assez long (environ 8 heures), mais loin d’être ennuyant. Si on voit défiler toute la journée derrière une vitre (les jours s’étant peu à peu raccourcis), cela nous permet d’assister à un jeu de lumières extraordinaires au fur et à mesure que le soleil se couche. On traverse de magnifiques paysages, au milieu de géants de pierre et de plaines immenses.
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Une fois arrivés, c’est le froid qui se fait tout de suite sentir. Maintenant que l’on est en bord de mer, l’air chargé d’humidité se faufile entre nos vêtements à la nuit tombée.
Quand on cherche à connaître un nouvel endroit, il faut prendre le temps de s’en imprégner. D’en arpenter les allées, pour ressentir en soi ce climat différent. Cela demande aussi une grande attention, pour qu’à chaque instant nous puissions saisir au vol des détails insignifiants, qui nous permettront de prendre pied, de nous repérer. Lorsqu’il s’agit de grandes villes, comme ici, le tumulte de la vie urbaine nous emporte dans sa folle course contre la montre, et nous empêche de faire connaissance, pas à pas. Pour s’affranchir du rythme effréné de ces ruches bourdonnantes, il reste la nuit et le petit matin.
Je suis donc parti à la découverte de la ville qui, doucement, s’éveille. En passant par le Barrio Gotico, et ses dédales de ruelles médiévales qui nous amènent jusqu’au port. Les innombrables voiliers qui ont jeté l’ancre donnent naissance à une forêt de mâts, derrière laquelle se dessinent les hauteurs de Barcelone. On entrevoit notamment le téléphérique de MontJuic, qui surplombe le rivage.
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Après avoir marché sur un pont flottant, et contemplé une vertigineuse statue de Christophe Colomb, on quitte les quais pour revenir au cœur de la ville, et de sa circulation qui s’est maintenant intensifiée. On emprunte à présent la « rambla », avenue piétonne qui relie le vieux port au centre historique. L’occasion de se perdre dans un marché couvert, où résonne déjà le bruit d’une foule venue se retrouver au comptoir des multiples échoppes.
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En continuant à remonter la ville, de place en place, on croise un marché de noël sur l’esplanade de la cathédrale. Il est dédié à la confection de crèches miniatures, tradition incontournable en Espagne lors des fêtes de fin d’année.
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Et, à l’heure où l’on arrive sur les grands boulevards, on préfère s’échapper à travers les parcs et autres jardins. Par chance, le parc de la ciutadela se trouve à quelques pas. Les espaces verts cachent un petit lac et une incroyable fontaine. La présence d’un magicien faisant d’énormes bulles de savon nous aide à oublier l’agitation qui règne au dehors. Un instant hors du temps qui fascine l’âme d’enfant restée au plus profond de nous.
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Alors que le soleil entame sa descente, on reprend notre chemin vers le Parque Güell, créé par l’architecte Gaudi pour l’ensemble des habitants de Barcelone. On y trouve un beau point de vue, et la ville toute entière s’étend à nos pieds, jusqu’à la plage et la mer Méditerranée. On distingue la Sagrada Familia, chantier pharaonique de cathédrale commencé par le même Gaudi, et encore inachevé. Mais pour avoir un regard d’ensemble sur Barcelone, il nous faut encore monter sur les hauteurs. C’est là, depuis un mirador à flanc de colline, que l’on peut longuement admirer le coucher de soleil teintant le ciel et ses nuages. Avant de plonger dans l’ombre la ville et ses quartiers qui, un à un, s’illuminent.
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En revenant vers le centre, on passe au pied de la Sagrada Familia. Un édifice gigantesque qui fourmille de détails, et semble en perpétuelle évolution. Les façades montrent chacune une architecture différente, témoin des personnes ayant succédé à Gaudi pour mener la construction. Et pourtant, tout est en harmonie. Un peu à l’image de la ville de Barcelone elle-même…
Nous montons maintenant à Montjuic, où se trouve le Palais de la culture catalane. Avec les éclairages de sa façade et ses fontaines en escaliers, le lieu rayonne dans la nuit.
Toutes les rues parées de lumières dégagent une ambiance douce, et les places vues au cours de la journée prennent un tout autre visage. Comme en suspension alors que l’obscurité laisse libre cours à notre imagination.
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Le lendemain, il faut marcher jusqu’à la plage. Puis, sous un ciel dégagé, entre les palmiers, la mer apparaît. L’occasion était trop belle pour la laisser passer, et en laissant mes affaires sur le sable, je cours me perdre dans l’eau. En cette première semaine de décembre, elle est fraîche. Mais il fait quand même moins froid qu’à l’air libre, et en nageant on prend conscience de la chaleur de notre propre corps. De la vie qui nous habite, et notre résistance face à cet environnement glacé. En apesanteur au cœur des vagues, on se laisse ramener au bord, tranquillement. Au bout d’un quart d’heure, le plus dur est finalement de sortir de l’eau pour se rincer et se changer. Le vent rappelle soudainement l’hiver qui approche et, contre toute attente, c’est à ce moment là qu’il faut faire preuve de courage.
Une fois habillé, on remonte la plage le regard captivé par les surfeurs, qui comme des funambules, chevauchent l’océan.
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Alors que le jour faiblit vient le moment de s’en aller. Et d’abandonner cette ville qui, étant moins étendue que Madrid, abrite un réseau de lieux incroyables disséminés un peu partout tandis que la capitale n’est en réalité qu’un vaste dortoir autour d’un centre où tout est rassemblé. En ce sens, Barcelone rappelle un peu Paris.
Cependant, avant de me lancer dans d’autres expéditions, j’ai voulu aborder de la même manière les petites rues madrilènes, à la recherche de petits trésors et bonnes adresses sous la lueur des guirlandes de Noël. Parce que l’aventure n’est pas qu’une question de distance ou d’endroits lointains. Elle dépend d’abord de vous, et de votre regard.
 

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Je vous laisse un peu de musique en attendant une autre lettre !

Lettre d’Espagne #1

Publié: décembre 2, 2014 dans Cartes Postales

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J’inaugure aujourd’hui une nouvelle forme de reportage dans cette fourmilière.
Cette carte postale venue d’ailleurs, c’est un espace que l’on espère remplir de récits, d’aventures, de sons et d’images. Parce que lorsque la distance nous sépare, il revient à chacun de faire voyager l’autre pour se rapprocher.
Rassurez vous, je ne suis pas bien loin. Juste de l’autre côté des Pyrénées, en plein milieu de l’Espagne, sous les toits de Madrid. Et, n’ayant pas pu emmener mon atelier (une sombre histoires de règles de sécurité dans les avions); je n’ai que des mots, des photos et de la musique à vous montrer. Mais quitte à vivre dans un autre pays, autant partir à sa découverte plutôt que de rester coincé avec les mêmes activités. J’espère en tout cas que cela parviendra à vous transporter, et faire oublier pendant quelques instants une dure journée.
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Aujourd’hui, le fait d’aller à l’étranger se résume trop souvent à transposer ses habitudes, sa zone de confort et son mode de vie dans d’autres murs. Où est la surprise ? Où est l’inattendu ?
La peur que chacun projette sur ses semblables entraîne un repli sur soi. Pourtant, le voyage est une chance de se défaire de son quotidien pour partir à la rencontre de nouveaux points de vue, en s’adaptant à chaque situation au lieu de rester crispé sur ce que l’on connaît.
Dans un premier temps on essaie d’aménager un environnement familier. Mais une fois l’installation passée, cette bulle rassurante n’est rien d’autre qu’un abri, dont il faut savoir s’absenter. Pour le grand saut dans l’inconnu, et la découverte du nouveau monde.
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Madrid, c’est la capitale la plus haute d’Europe (mis à part Andorre), culminant à 670 mètres d’altitude. Loin d’être impressionnant, vous en conviendrez, par contre on peut voir au loin toutes les montagnes qui nous entourent. Et, si j’habite au cœur de la ville, le campus se trouve quant à lui au nord ouest, dans une banlieue qui devient vite campagne. Pendant chaque trajet, j’ai le temps de plonger mon regard dans le ciel et ses nuages magnifiques. En s’éloignant du centre, on passe devant les vertigineux gratte ciels avant de retrouver la nature.
Pour faire connaissance avec ce nouvel endroit, j’ai passé mes premiers jours à marcher dans la rue. Et une fois que l’on a vu les immeubles imposants, datant pour la plupart de la dictature franquiste, on ressent le besoin de s’évader. Dans les quartiers oubliés, à l’ombre des parcs, voire encore plus loin: La position centrale de Madrid permet de s’en aller, en fin de semaine, aux quatre coins du pays. Il suffit pour cela de croiser les rares personnes qui acceptent de vous prendre en stop, ou alors de payer un covoiturage.
La ville n’est pas aussi oppressante que Paris. Et même s’il y a plus de place, et que tout est plus aéré, on finit par se sentir à l’étroit.

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Emporté par l’appel des grands espaces, je me suis rendu au milieu de nulle part; dans la région d’Aragón (à mi chemin entre Madrid et Barcelone). Des plaines arides, du sable et de la roche à perte de vue. Avec quelques châteaux abandonnés. En ces premiers jours d’automne, j’ai planté ma tente au bord d’un lac, qui apparaît comme une oasis en plein désert. L’endroit idéal pour se sentir tout petit, dépassé par l’immensité de la nature, et garder les pieds sur terre.
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Mi novembre, j’ai cette fois choisi d’aller voir la mer et de profiter du climat encore doux pour me baigner une dernière fois avant l’hiver.
Valence est une ville presque aussi grande que Madrid, et les immeubles y sont parfois encore plus démesurés. Mais ce qui se cache derrière les façades est bien plus intéressant. Au fur et à mesure que l’on s’approche du rivage, les bâtiments laissent leur place à des petites maisons de pêcheurs avec les filets séchant aux balcons.
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Et au bout de dix minutes de marche, on aperçoit enfin la plage. En cette période, elle est déserte. Pourtant, l’eau n’est pas si froide et on y entre facilement. Les heures passées à flotter au milieu des vagues calmes nous changent complètement les idées, et se perdre dans l’océan permet de mieux se retrouver. Sentir la présence de la nature tout autour de soi et son silence profond, reposant.
La nuit tombante et l’air frais finissent par me faire quitter les lieux, et dormir sous une tente est moins facile avec le vent polaire qui se met à souffler. Mais peu importe, car mes yeux sont pleins d’étoiles. Les souvenirs de Valence, de la plage et de l’eau bercent mon sommeil saccadé, comme les navigateurs solitaires sur leur bateau élancé.
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Malheureusement, au bout de deux jours le temps est venu de rentrer. De reprendre une place dans l’ombre de la grande ville, et son vacarme permanent. Pas pour longtemps, car sous la pluie et entre les flaques, je pense déjà à ma prochaine escapade vers Barcelone, début décembre.
Je ne manquerai pas de vous le raconter, dans la prochaine carte postale qui ne devrait pas tarder.

Je vous laisse un peu de musique pour patienter, d’ici là, portez vous bien !
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Sur le toit de Paris (enfin presque)

Publié: septembre 3, 2013 dans Cartes Postales

Voici, avec un peu de retard, le récit d’une aventure parisienne…

Courir les escaliers de la Tour Eiffel pour faire nos adieux à la capitale : L’idée est venue lors d’un parcours sportif avec Pierre. Une manière d’admirer Paris et garder un beau souvenir pour la route, puisque nous partons en province poursuivre nos études.
Le rendez vous était donc fixé le jeudi 29 août, à 8h30 à la station Bir Hakeim, histoire de s’échauffer un peu avant de monter.

Seulement voilà, ça aurait été trop facile. C’est ainsi qu’en me levant, j’ai appris que je devais passer faire une prise de sang le matin même, avant de partir. J’ai filé en vitesse au laboratoire, histoire qu’on me vide un petit flacon et que je me sente plus relax. En plus, l’infirmière a raté son coup… Voulant éviter de perdre du temps, je me suis enfui dès que possible, suscitant des regards inquiets dans mon sillage.
C’est avec deux petites piqûres dans les bras que j’ai pris le train direction Paris, où j’ai retrouvé Pierre avant 9 heures.

Après un peu d’attente dans la queue en arrivant sur le site, nous pouvions enfin nous élancer dans les entrailles de la tour !

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Les premières marches défilent rapidement, et nous nous faufilons ente les quelques visiteurs déjà engagés dans les escaliers… L’ascension est magique car au fil des pas, on s’élève un peu plus dans ce Paris que l’on voit prendre vie à travers les armatures métalliques, le soleil caressant les façades et les avenues.

Au bout de trois minutes, on atteint le premier étage. Les sensations sont bonnes malgré les restes de fatigue, et l’absence de vrai échauffement.

On continue donc avec l’escalier pour le deuxième étage, et les pas sont de plus en plus pesants. L’allure se ralentit jusqu’à ce qu’aux trois quarts de la montée, je n’arrive plus à enchaîner les foulées.
Distancé par mon compagnon d’échappée, je franchis les dernières marches menant au deuxième étage à bout de souffle et les jambes raides. On ne le dirait pas à première vue, mais c’est intense, de monter deux étages !!
Après huit minutes d’efforts, on arrivait au sommet par défaut de notre ascension, puisque l’on ne peut accéder au troisième et dernier étage qu’avec les ascenseurs. Là haut, on a pris le temps de souffler et boire, pour rassembler nos forces en vue de la descente. Mais on a surtout profité de la vue grandiose sur Paris, s’éveillant petit à petit sous un ciel magnifique .

Voilà quelques photos :

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La pause nous ayant permis de reprendre nos esprits, on a pris les escaliers dans l’autre sens et entamé une descente géniale, le champ libre devant nous permettant une liberté totale.

Contrairement à la montée (où mon souffle bruyant aurait de toute façon couvert les sons) , j’ai pris une vidéo de notre chevauchée :

Dévaler ces marches a été un plaisir à l’état pur, et entre les sauts et autres cabrioles, le caractère imposant de la ville s’est amplifié. Au fur et à mesure que l’on se rapprochait du sol, les bâtiments étaient de plus en plus grands. Ressentir sa taille microscopique dans la structure d’acier puis dans Paris tout entier, c’est aussi ça qui nous a fait rêver.

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Le temps de narguer les agents de sécurité, et nous étions déjà repartis dans le squelette de la tour, pour rallier la terre ferme.
Là aussi, vidéo 🙂

Au final, la descente nous aura pris quatre minutes et des poussières… Une fois en bas, nous contemplons une dernière fois ce géant de métal, en se promettant qu’on reviendrait, mieux préparés, pour atteindre le sommet.
Car cette aventure nous laisse gravés de superbes souvenirs de Paris, mais aussi d’un effort condensé en une poignée de minutes. Au niveau physique, rien à voir avec le Parcours Batier survolé par Cyril la veille, mais au delà de l’aspect sportif et ses limites, cela permet de découvrir la ville sous un nouveau jour, tout en méritant ce point de vue saisissant.

L’objectif suivant ? Retenter l’ascension plus affûtés (et sans prise de sang si possible), car ce qu’on a parcouru pour atteindre le deuxième étage ne représente que la moitié de la distance totale jusqu’au troisième.

Une superbe expérience et une belle façon de dire au revoir à Paris. Mais la tour ne perd rien pour attendre, et à notre retour, j’espère qu’on ira jusqu’au bout !

Petits conseils si vous souhaitez vous aussi grimper la Tour:
– Attention à bien arriver tôt (avant l’ouverture des guichets) et si possible en semaine, parce que même aux escaliers la file d’attente augmente très vite. Pour info, l’ascension par les escaliers coûte 3,50 euros.
– Prendre de l’eau avec soi, c’est vraiment appréciable une fois en haut
– Et s’échauffer un peu avant de se lancer dans la gueule du loup (on retiendra la leçon)

Et pour finir, merci à Pierre pour le partage de cette aventure ! Comme t’as dit mec, « c’est bon, maintenant on a fait notre petit footing matinal » 🙂